Nérehys



 
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Nérehys

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MessageSujet: Nérehys Ven 11 Mar - 19:49





    ◊ NOM : Nérehys
    ◊ ÂGE : Sans doute autant que le nombre de grains de sable dans les déserts de son monde disparu
    ◊ ORIGINE : Bḩr ar-Rmāl, l'aride, aujourd'hui oubliée sauf de ceux qui ont connu sa brûlure
    ◊ ORIENTATION SEXUELLE : Inaccessible
    ◊ FONCTION : Maître déchu

    ◊ POUVOIR : Quand elle souffle son indolente fumée et soupire comme seule le peu celle qui a perdu un monde, quand sa voix roule, miel tiède et lourd, sur vos épaules déjà trop alourdies, vous sentez une langueur sans pareille vous étreindre de son corps chaud, planter dans chaque parcelle de votre être ces petits piques de feu, mais d'un feu doux, si doux qu'il vous tire mollement au sol, vous y enfonce comme si jamais plus vous ne deviez vous en relever, et surtout plus jamais n'en avoir l'envie. Et vous voilà, créature de chiffon, soumis à la volupté suprême qu'est cette absence de tout sens, de toute volonté. Quand vous rouvrirez les yeux, Nérehys sans nul doute aura disparu depuis longtemps, et vous demeurez las, avide encore de cet oubli si total qu'elle peut vous procurer, et cependant craintif de retenter une expérience pleine d'un vide aussi absolu.
    N'en craignez néanmoins pas trop les effets : Nérehys ne plie pas les volontés assez fortes – comme à toutes les séductions en fumées il faut être ouvert pour en être touché – dont les plus résistantes ne ressentiront qu'un vague apaisement baigné de lassitude ; et même ceux qui sombreront entièrement dans ce précieux instant d'oubli qu'elle vous offre n'y demeureront pas plus, soyez rassurés, qu'un petit quart d'heure.


~~~

Allons, allons, ouvrez plus grand les yeux, sortez un instant de cette torpeur où elle vous plonge pour détailler le corps velouté de la Nérehys ! Ce n'est pas à tous qu'elle offre le spectacle rare de son dénuement, après tout, aussi faut-il en profiter quand, un court instant, elle pointe vers vous son front soucieux et la lourde courbe de ses seins farouchement nus. Mais s'ils sont tentateurs, ces seins, tous gorgés qu'ils semblent d'un lait que l'on veut croire sucré, ne vous y attardez pas trop : le balancement langoureux de leurs auréoles brunes n'est qu'une hypnose de plus, un piège pour vous détourner de ce massif corps de lionne dont ils surgissent, ou de ces yeux profonds auxquels on n'échappe pas. Car Nérehys n'a rien d'une femme ordinaire, cela on ne peut s'y tromper : le poil soyeux qui la recouvre, depuis l'extrémité de sa queue d'animal jusqu'au sommet de ses épaules aux roulements déjà humains, a dans ses reflets roux accrochés les vestiges de l'immensité du pouvoir qui était autrefois le sien. Aujourd'hui on y respire surtout un parfum de nostalgie – odeur suave du tabamel – repris en cœur par la lenteur méthodique avec laquelle se posent et se soulèvent ses pattes aux coussinets silencieux. Du félin elle a la démarche, calme mais assurée, quoique toute la menace que porte d'ordinaire le corps vigoureux des lions et qui autrefois démontrait sa force se soit évaporée depuis qu'est mort son monde, pour se voir remplacée par un abandon de chat domestique, mais qui dans sa prison n'a pas perdu toute la fierté qui composait sa grâce, et continue de se couler comme une ombre, superbe et altier, entre les murs étroits qui peinent à contenir l'étendue de sa majesté.
Car si Nérehys ne chasse plus dans les plaines ensablées de Bḩr ar-Rmāl, et si elle ne gouverne plus que comme on dirige un maigre et délaissé cheptel, elle n'a rien oublié de ce qui fait sa condition ; ainsi laisse-t-elle apercevoir à ceux qui ont pu croiser sa route, derrière la nonchalance de sa moue et du plissement de son nez courbe, que son orgueil demeure entier, exalté dans ce gonflement de poitrine, le dressement fier de ce menton de femme, l'intensité négligente de ce regard de miel qui, sous des paupières lourdes, semble vous engloutir comme vous absorbe en un instant une tempête de sable. Elle ne s'impose pas, pourtant, sinon pour vous assoupir afin de mieux disparaître, mais se fait dédaigneuse, plutôt, détourne son visage aux traits durs et sensuels, tort ses lèvres sombres et souffle, souffle comme pour recouvrir l'univers de cette fumée épaisse qui partout la suit et l'auréole. Parfois elle la dissipe en secouant, dans un geste propre à l'animal, sa tête à l'épaisse chevelure, bouclée et en désordre autant que les mouvements qu'elle lui applique. Dans ces instants on en oublierait presque que le haut de son corps est celui d'une femme, même si seulement le torse – mais lui-même encore duveteux jusqu'à la naissance des seins –, le cou et la figure. Cette gorge fraîche et mordorée, pourtant, renferme bien une voix humaine, quoique si grave et ronflante qu'on ne s'étonnerait pas de l'entendre en un instant se changer en rugissement.
Chanceux ceux qui ont pu saisir, ne fût-ce qu'un court instant, la vision exotique de ce Maître déchu, seule survivance aujourd'hui d'un monde dont la langueur et le nectar ont disparu comme un soupir, et dont les seules réminiscences s'enroulent, bien cachées, dans le pelage fauve de l'indomptable Nérehys.


~~~

À quoi bon ? Le monde est vide puisque le sien n'existe plus. Son esprit, tout entier attaché à Bḩr ar-Rmāl, en a suivi la chute : plus rien n'y a éclot depuis, plus rien n'ose s'y mouvoir sous la chape de fumée, mais aussi lourde qu'une montagne, qui a tout recouvert – remède à tous les maux, même et surtout aux remords. Seule la lassitude aujourd'hui peut encore décrire celle qui, en d'autres temps, n'avait qu'à rugir pour faire jaillir le soleil au-dessus des sables infinis, et appuyer profondément son empreinte au creux d'une dune pour en faire naître les plus luxurieuses oasis. Alors elle avait de la force, et une sérénité inébranlable pour veiller sur son peuple. Désormais ses lèvres ne se teignent plus de ce fier et triomphant sourire, son corps de lionne ne fait plus rouler ses muscles puissants pour bondir et, d'un seul élan, survoler ses adorés cieux d'or et de cannelle. Nérehys a choisi l'oubli, poison délicieux qu'elle inhale et expire aussi irrémédiablement que le temps passe. Hélas ! l'oubli n'a pas voulu d'elle ; et si elle le transmet sans peine à tous ceux qui inspirent son souffle tiède et parfumé, le souvenir de sa faute et de ce qu'elle a perdu jamais ne cesse de la hanter ; chaque instant lui rappelle la sensation des vents brûlants soulevant les grains et en fouettant les corps, la fraîcheur fruitée des abris sous l'ombre frémissante des grandes palmes, les chants mélodieux que les hommes et les femmes de sa défunte civilisation psalmodiaient au sein de la nuit. Nérehys se souvient, et meurt de se souvenir ; mais c'est un fardeau au goût de rédemption avec lequel elle a appris à vivre.
Peu lui importent les êtres qui l'entourent : dédaigneuse sans mépris, elle les ignore et les fuit comme un scorpion disparaît d'un mouvement au creux des sables. C'est qu'ils ne savent pas, ne peuvent savoir l'abysse qui est en elle, cette culpabilité, ce manque déchirant que rien ne comble, sinon un peu de sa fumée – mais comment combler un puits de la taille d'un monde ? Un des secrets qu'elle garde si bien est peut-être l'envie qui la tiraille à voir les autres Maîtres trop fiers de leurs domaines, et ce désir brûlant de le leur arracher afin de le faire sien ; ou cette jalousie sauvage, aux tendances destructrices, pour tous ces êtres sereins qui ne peuvent comprendre la solitude d'un exil irrémédiable. Mais elle a de la bonté, tout de même, malgré tout... Alors elle fait taire ses pulsions, ne souhaite à personne de comprendre, et se contente d'échapper à la compagnie, de se fondre au coin d'un couloir comme un mirage arrivé à portée de main se dissipe tout à coup. Seules les Clefs, encore, peuvent prétendre à sa considération à défaut de son intérêt : elle a pour elles ce léger trouble qui pourrait bien être de la compassion, et espère sans doute, mais sans conviction, que l'empathie est réciproque. Et Al-Iyâh... dernier vestige vivant de Bḩr ar-Rmāl, belle illusion auquel elle aimerait croire mais qui la trompe chaque fois en lui cachant, de sa figure trop familière, cet exil qu'elle porte autant qu'elle-même – alors elle ignore sa fidélité, lui souffle au nez comme à d'autres, car, vite, il faut cacher dans des fumerolles la profondeur de cette tristesse que sa présence éveille en elle.
Il n'y a que ça, derrière ses sourcils songeurs, que ce désintérêt que rien n'ébranle, cette conscience agonisante obnubilée seulement par le fantôme d'un monde qui y tourbillonne, pour toujours enfermé dans la vision rejouée en cercle de ses derniers spasmes de vie.
Que ça... et pourtant aussi la graine, tout au fond, peut-être même non encore aperçue de sa maîtresse, cette semence enracinée si bas qu'au creux du désert elle peut puiser son eau : l'espoir, le spectre en cours de résurrection d'un espoir, que – peut-être – quelques âmes aidant, et avec le soutien de cet instinct de domination cruellement prêt à tout encore enfoui en elle... Mais c'est un secret bien gardé, que nul ne peut et ne doit encore connaître, pas tant du moins que la Sphinx déchue demeurera abandonnée d'elle-même en ses fumées.


~~~

Nérehys ne fut pas toujours cette créature solitaire et enfumée, cette ombre d'une civilisation aujourd'hui disparue. Elle fut grande autrefois, puissante Maîtresse d'un monde prospère dans sa sécheresse.
Quand exactement elle vint à l'existence, c'est un souvenir qu'elle ne saurait retrouver ; mais n'a-t-elle pas toujours été là, depuis que le premier souffle de vent souffla le premier grain de sable dans les étendues arides de Bḩr ar-Rmāl ? Nulle mémoire n'a gardé la trace de ses premiers pas de lionne, du premier son que sa gorge a poussé, pas même la sienne – trop vieille, elle a perdu dans des brumes insondables tout ce qui fut et vécut au-delà des siècles, des millénaires peut-être ! cela non plus elle ne saurait le dire. Fut-elle seulement jamais enfant, corps de lionçonne et bouille de fillette ? Car qui donc aurait pu l'engendrer, sinon le cœur même de cette Mer de Sables à la recherche d'un symbole, d'un dieu pour la gouverner ? Ainsi du moins Nérehys se plaît-elle à imaginer ce qu'elle ne peut se rappeler, et à justifier ce pouvoir dont elle ignore toute l'origine.
Ses plus anciens souvenirs peignent son corps plongé jusqu'au garrot dans un bain de lait et d'épices, éclaboussé tantôt, quand les gouttes de ce nectar à la blancheur indolente ne perlaient plus assez vite le long de son pelage, par les mains adoratrices d'hommes et de femmes tout entiers dédiés à sa vénération : ainsi en fut-il toujours, toujours elle fut déesse, aimée et respectée de tout son peuple... Tout son peuple !

Le mystère de ses origines est en réalité bien plus profond, enfoui si loin dans le temps et le néant où disparut Bḩr ar-Rmāl que personne jamais plus ne pourra le percer. La vérité, si vous souhaitez la connaître, en voici le murmure : mais gardez-le pour vous, c'est là histoire secrète et inconnue de tous, et qui doit le demeurer.
Nérehys... fut femme autrefois. Fille des sables parmi d'autres, elle avait le corps vigoureux d'une guerrière humaine, et une cruauté qui ne trouva que rarement son pareil. Descendante d'une longue lignée de chasseurs qui semèrent la terreur en son temps à pratiquer la traite d'esclaves et le massacre de villages entiers, elle en fut la plus sanglante, la plus sombrement renommée. Or, origine tout à la fois de sa ruine et de sa prospérité, elle se prit un jour d'une nouvelle passion pour la chasse aux lions. Et comme ça n'était là qu'un amer braconnage, dépourvu de but sinon la poursuite égoïste de son propre plaisir à voir agoniser à ses pieds la majesté de ces grands fauves, les dieux, dont les félins étaient parmi les créatures qu'ils aimaient le mieux, voulurent la punir pour l'exemple : ainsi fut-elle changée en sphinx. Rendue monstre aux yeux des hommes autant qu'à ceux de tous les habitants du désert, elle fut réduite à la solitude la plus totale et à la décrépitude au sein de ces sables cinglants qu'elle ne maîtrisait alors pas. Parce qu'elle était femme elle souffrit jusqu'aux rivages de la mort, mais parce qu'elle était lionne et qu'ainsi le voulait son châtiment, sa robustesse animale sut la garder en vie pendant des années, des décennies entières.
Elle vécut ainsi, de cette douloureuse survivance, pour ce qui aurait dû être le reste de son existence humaine. Mais sa métamorphose, cette autre expérience de l'être et de la chair, et la volonté des dieux avaient sculpté dans son esprit les contours d'une nouvelle bonté qui sut étonnamment fleurir et s'épanouir en elle, jusqu'à donner à son cœur autant d'amour pour les êtres de ce monde qu'il avait été plein du suc acide de la cruauté. Alors les dieux, satisfaits d'elle, se concertèrent et, décidant qu'elle avait souffert comme nul être ne devrait souffrir et par cette souffrance racheté mille fois ses fautes, s'entendirent pour la gratifier en récompense de la vie et de la jeunesse éternelle, et l'élevèrent au rang d'animal-femme sacré afin que le respect que cette condition lui garantissait aux yeux de tous la prévienne de jamais plus connaître la solitude et la misère. Puis, pour effacer définitivement de son esprit le souvenir de la chasseuse sanguinaire qu'elle avait été, et dont il fallait à tout prix prévenir le moindre écho de remonter à la surface, ils mirent à neuf sa mémoire, l'imprégnèrent seulement de toute leur puissance de cette propension à la bonté qu'elle avait démontré et qu'ils désiraient désormais définir entièrement son être.
Ainsi Nérehys gagna-t-elle ce statut qu'elle croit, encore aujourd'hui, tenir de sa nature même, ou de la volonté propre de Bḩr ar-Rmāl.

Elle sut dès le début se montrer digne de sa nouvelle identité, toute persuadée qu'elle était de n'être née que pour aimer et conseiller les hommes. Les années passèrent, et elle parcourut cent fois l'immensité du monde pour prêcher de sa voix devenue grave et calme, entre une lapée des meilleurs miels et une bouffée de tabamel, cette paix dont elle avait été autrefois l'ennemie – mais ce que, les générations se succédant et sa mémoire lui ayant été ravie, nul ne se rappelait, sinon les dieux. Et ces dieux aimèrent ce qu'ils voyaient, cette vive et tout à la fois sage façon qu'avait leur créature de mener sa mission, et les succès innombrables qu'elle rencontrait en chaque lieu où, s'arrêtant pour recevoir les honneurs et les offrandes que chacun désirait lui témoigner, elle savait miraculeusement réconcilier et unifier les peuples. Partout sur son passage soufflait la brise messianique qui avait été investie en elle, à laquelle nul mortel ne songeait à désobéir ; aussi, parce que les dieux jamais ne s'étaient montrés, depuis toujours cachés dans leur existence intangible, et que ce sphinx merveilleux soudain survenait pour porter leur message, on prit Nérehys pour une divinité, ou du moins une incarnation de la puissance divine. Bientôt elle s'en fut elle-même convaincue ; et comme la montée vertigineuse de son orgueil ne s'opposa jamais à la tranquille bienveillance avec laquelle elle remplissait toujours son rôle, les dieux finirent par la hisser en effet à leurs côtés, investissant en elle ce pouvoir sans limites auquel elle s'accoutuma comme s'il avait toujours été le sien, comme si toujours elle avait pu du simple son de son rire faire éclore un ruisseau du sol le plus aride.
Une chose cependant demeure qu'il faut bien saisir pour mieux comprendre la déchéance qui devait suivre : si les dieux furent si prompts à faire d'un être de chair leur égal, c'est que déjà depuis longtemps la lassitude de leur immortalité avait commencé à ronger leurs cœurs sans âges. Il leur tardait de disparaître, et de reléguer à cette femme encore pleine d'ambition et de joyeuse sérénité ce qui trop longtemps avait été leur fardeau. Cela leur fut aisé : toute la croyance des hommes, secret de la naissance des dieux, allait désormais au grand Sphinx, et elle-même, ignorant ses créateurs, assumait déjà pleinement une divinité que tous croyaient unique. Alors les dieux quittèrent Bḩr ar-Rmāl, laissant leur conscience disparaître, et tout ne fut plus que sous la responsabilité de Nérehys, tout, jusqu'aux Clefs de l'Ambroise dont elle devint la dernière Maîtresse.

Mais une chose survint que ces seigneurs trop pressés de fuir n'avaient pas prévue. Ils avaient cru, en effaçant tout souvenir de son ancienne cruauté, en arracher la racine, et que les brides qu'ils lui avaient toujours appliquées la garderaient prisonnière éternellement. Là-dessus ils s'étaient trompés, dans leurs prédictions trop magnanimes : à peine eurent-ils tous disparu, les liens, que, sans qu'ils le sachent, seule leur puissance en présence avait pu maintenir, se brisèrent un à un, et la nature profonde de cette ancienne guerrière sans retenue ressurgit aussi subitement qu'un animal sauvage bondit hors de sa prison dès qu'elle lui est enfin rouverte.
Sa bonté demeura, pourtant, et cet amour immense de mère pour ses millions d'enfants se trouva associé, mariage paradoxal, à des instincts trop humains de domination et de cruauté, des penchants que plus personne n'était là pour surveiller ni rectifier. Des hommes, dont elle était devenue depuis longtemps déjà l'unique souverain, l'être tout puissant à qui ils devaient, sans trop savoir pourquoi mais tout en en étant intrinsèquement convaincus, la plus docile obéissance, de ces hommes pourtant déjà soumis elle devint la déesse tyrannique. Ces quelques infidèles qu'autrefois elle ignorait, leur soufflant simplement d'aimables volutes au visage, elle entreprit de les punir, et noya dans leur sang ceux qui osaient s'opposer à elle – et cela néanmoins avec tout cet amour qui ne la quittait plus, mais dont la bienveillance et les bonnes intentions s'étaient trouvées perverties par ce caractère à nouveau intransigeant. Ne faisait-elle pas, après tout, que mieux protéger ses sujets en écrasant ceux qui vraisemblablement voulaient leur ruine, puisqu'ils se soulevaient contre leur ultime bienfaiteur ?

Ainsi débuta la chute, la lente et inexorable chute du sphinx Nérehys et de son monde Bḩr ar-Rmāl la bien nommée. Son peuple, qui autrefois l'avait tant vénérée, se mit peu à peu, et bien naturellement, à songer qu'un être si meurtrier ne pouvait être un véritable dieu. Cette pensée se propagea, lentement tout d'abord, au décompte des années ; mais à mesure qu'elle se propageait Nérehys condamnait davantage le nombre grandissant de ses opposants, ce qui aidait ainsi, sans qu'elle pût jamais le comprendre du fond de son aveuglement, la poursuite de sa maladive propagation. Bientôt ce ne fut plus affaire de rébellions parmi son peuple adoré, mais véritable guerre entre le camp grondant de ceux qui rejetaient enfin sa tyrannie et son armée de fidèles, mais qui elle-même allait s'amenuisant. Et cette guerre fut sanglante !
Mais toute sanglante qu'elle fût, elle n'était cependant rien devant ce que devait accomplir la perte de sa divine autorité : car la croyance des hommes étant cette puissance incompréhensible qui créa les dieux, leur incroyance, fatalement, devait arracher Nérehys à cette condition. Elle perdit tout pouvoir sur son monde, toute sa divinité arrachée par ces cris de haine qui auraient dû être d'adoration, pour n'être à la fin plus que coquille de chair en forme de sphinx, dotée seulement de ce pouvoir de Maître – mais qui lui aussi la fuyait de même...
Car, trop occupée qu'elle avait été par les sauvages mouvements de son monde, elle n'avait plus porté sur les affaires d'Ambroise la moindre attention, et n'avait donc pas vu que ses Clefs, ou suivant le mouvement de trahison de son peuple ou profitant de son trouble pour leur plaisir personnel, avaient presque toutes délaissé leur fonction, réussi à fuir ou rejoint d'autres Maîtres qui se souciaient mieux d'elles. Les âmes ne venaient plus. Elles ne la rejoignaient plus, ne se mêlaient plus à son souffle, si bien que son pouvoir, sans que jamais elle ne le sentît, ou alors le confondant avec cette perte de croyance des siens, s'amenuisa radicalement. Or cette carence en âmes, là aussi malgré elle, diminuait singulièrement la force de son monde en même temps que la sienne, lequel, déjà dépourvu de vrais dieux et la perdant elle aussi peu à peu, n'avait plus rien de stable où ancrer ses attaches.

Bḩr ar-Rmāl, trop faible à présent pour résister aux pressions infinies de la fabrique de l'univers, ne tarda pas à s'ébranler. Sa tragédie déjà signée, la Mer de Sables n'avait plus qu'à s'effondrer en elle-même, engloutissant dans son anéantissement toute la richesse de ses oasis, l'or de ses déserts, la beauté intemporelle de ses palais, et cette guerre exténuée qui avait déjà trop imprégné du sang de son peuple la pureté de sa roche.
Nérehys, déesse ignorante, ne s'en rendit compte que bien trop tard, quand tout autour d'elle déjà les sables se soulevaient et disparaissaient dans un néant dont elle était la cause, en même temps que toute vie, toute parcelle de son monde.
Ce fut un miracle seulement si elle parvint à fuir – saisie par Al-Iyâh au milieu du chaos que dans son hébétude elle ne pouvait que fixer et attendre, et transportée par celle qui fut parmi les dernières à lui être restées fidèles, soldat farouche de sa guerre contre son propre peuple, jusqu'à l'abri que composait l'enceinte sombre de l'Ambroise.


Ne blâmez donc pas trop ce pauvre Maître déchu, vous qui désormais connaissez son histoire, car plus que tout autre elle fut victime d'elle-même, et du jeu mal ajusté des dieux. Aujourd'hui condamnée à cette prison sordide où se croisent trop de mondes qui ne sont pas le sien, elle ne désire plus rien, sinon un pardon que jamais elle ne pourra obtenir ; et elle subsiste, fantôme de ce qu'elle fut, lassée de tout, ne demandant tantôt que quelques âmes à Al-Iyâh pour conserver ce statut ridicule, mais dernier lien imaginaire avec ce qu'elle a définitivement perdu.


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    PRÉNOM : Clara
    ÂGE : 20 ans
    AUTEUR DE L'AVATAR : Photo de lionne et photo de femme trouvées sur Google, mais sans crédits... Composition en sphinx et réalisation de l'avatar par mes soins.
    DÉCOUVERTE DU FORUM : Par un top-site.
    AVIS : Très imaginatif et bien construit !
    UN COMMENTAIRE : Je suis tombée amoureuse de Nérehys, félicitation à son créateur ♥
    CODE : Validé par Meadow
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InvitéInvitéavatarprofil +
MessageSujet: Re: Nérehys Ven 11 Mar - 22:23

Héhé ♥ je vais m’occuper de toi et après un des admins passera vérifier et te valider \ô/
Le créateur de Nérehys n’est malheureusement plus là, mais je sais que ton compliment lui aurait fait très plaisir ♥

Déjà, sache que j’aime beaucoup ton interprétation de Nérehys, Ilana t’as dit que tu avais une grande liberté pour l’histoire et je trouve que tu as très bien utilisé cette liberté !

Nous avons corrigé toutes les fautes ensemble sur la CB et personnellement je n'en vois plus d'autres, donc niveau orthographe et grammaire cela me semble bon \ô/

Pour la cohérence de ton histoire, physique et psychologie, tout me semble logique. Tu n'as fait aucune contradictions. Tu as très bien utilisé les quelques infos fournis dans la fiche PP's et tu les as très bien revisitées 8D

Ton histoire est absolument génial. Tu nous as raconté son passé-passé 8D et la destruction de son monde avec une grande logique. Cela aurait très bien pu se passer comme ça (on n'avais pas parlé de la destruction de son monde dans la fiche PP's). Mais ton interprétation est tout bonnement sublime (que de compliments 8DD)

Pour ton pouvoir, merci d'avoir rajouté une limite comme je te l'avais demandé ♥ Il est parfait comme ça =3

Pour l'avatar, normalement pas de photo mais tes retouches sont très bien menées, on dirait vraiment un dessin. Pour moi c'est passable et je comprend tout à fait que tu es eu du mal à trouver un bonne avatar 8DD

Donc voilà ♥ Pour moi tout est ok \ô/ Il ne reste plus qu'a attendre la validation d'un des admins si pour lui tout est ok aussi /o/

En tout cas, bravo pour cette fiche ♥ J'ai hâte de rp avec toi 8DD
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Meadow Warrenavatarprofil +
MessageSujet: Re: Nérehys Ven 11 Mar - 22:55

J'ai beaucoup aimé cette fiche. Beau personnage emprunt d'un grand mystère.
Concernant l'avatar, même si les retouches sont bien faites, le fait qu'il s'agisse d'une photo à la base me gène. J'imagine bien que trouver un avatar qui corresponde a dû être assez difficile... On a qu'à dire que tu peux conserver celui-là de manière provisoire? Il y a pas mal d'amateurs d'artistes de deviant art et autres sur le forum qui t'aideront certainement avec plaisir Very Happy

Bienvenue à toi belle Néréhys!
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MessageSujet: Re: Nérehys

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Nérehys

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