La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie]



 
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La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie]

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Annie Duboiseavatarprofil +
MessageSujet: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Sam 6 Nov - 12:33

    La chambre était dénuée de couleur. Tout était obscur. La fenêtre légèrement ouverte laissait passer un peu d’air frais. Les rideaux se balançaient au rythme du vent. Le silence régnait dans la pièce. Puis des petits bruits se firent entendre. Tout doucement. Et puis un son de froissement vint faire son apparition, se mêlant aux doux gémissements. Enfin, comme un enchaînement de mouvements gracieux, une frêle silhouette apparût. La lumière s’alluma.

    Elle était belle dans sa chemise de nuit blanche, toute en dentelle. Ses cheveux défaits tombaient en cascade sur son dos et sur ses épaules. Elle ne mesurait pas grand-chose, un mètre cinquante touts au plus et ressemblait à une petite fille bien qu’elle eût seize ans. Tenant dans sa main une peluche et de l’autre se frottant les yeux, on aurait dit un ange qui venait de se lever d’un long et grand sommeil. La fillette regarda autour d’elle. Sa chambre était toujours bien rangée. Enfin… pour elle c’était bien rangé. Des peluches jonchaient le sol, des vêtements étaient placés ça et là sur des chaises et des livres trainait un peu partout dans la pièce. Les couvertures à fleur étaient défaites. Absolument défaites. Et Annie n’aimait pas quand son lit n’était pas fait. Alors elle posa sa peluche délicatement sur sa table de chevet et refit son lit. Là ! C’était mieux tout à coup. Puis elle trottina jusqu’à sa fenêtre trouvant cela bizarre qu’il fasse encore nuit. Malgré les barreaux à sa fenêtre elle pouvait voir le paysage. Le bois était noir, obscur. Il avait un air quelque peu terrifiant mais elle trouvait cela magnifique que d’habiter à l’orée d’un bois. La nature, il n’y a que ça de vrai lui disait souvent son frère. Il avait raison. Tout en rêvassant elle entendit son ventre grogner. Elle avait faim. Elle n’avait pas beaucoup mangé hier soir, préférant s’amuser avec une de ses camarade. Bon. Elle n’avait pas du tout mangé hier soir. Et il fallait qu’elle rattrape ça.

    Doucement, elle essaya d’ouvrir la porte de sa chambre normalement fermée à clef. Mais cette fois-ci la porte s’ouvrit. Elle sauta de joie et applaudit. Elle pourrait donc piquer quelque chose à la cuisine. A cette heure-ci, il n’y aurait personne pensa t-elle. Et puis, pour la porte… c’était surement La Pie qui avait oublié de la fermer.

    Elle ferma donc la porte de sa chambre discrètement et prit le chemin de la cuisine. Elle vagabonda, sautilla, dansa même pour exprimer sa joie de pouvoir manger. Les couloirs étaient sombres sans aucune once de murmures ou de bruit. Seulement le silence pesant. Mais Annie s’en fichait pour l’instant. Elle voulait juste nourrir son ventre qui criait famine.

    La porte de l’endroit désiré se dressait, impérieuse. Mais Annie n’eut pas peur et entra dans la pièce morbide. La table était là, petite sans vie. Une table en bois très grande pour accueillir de nombreux travailleurs et de nombreuses clefs. Elle en avait vu des histoires cette table. Et les bancs ! Les bancs humides et sans vie. Oui… Annie n’aimait pas cette cuisine. Elle préférait de loin le réfectoire somptueux.

    Malheureusement celui-ci était réservé aux maîtres et aux clients. La petite effaça cette pensée et s’en alla vers l’immense frigidaire. Elle y prit du lait et des yaourts. Ensuite, elle prit une chaise et se mit dessus pour prendre des boites de gâteaux dans un placard. Posant son butin sur la table, elle se servit un verre de lait puis elle s’assit. Enfin, se frottant les mains elle ouvrit le paquet de cookie et commença à manger.

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MessageSujet: Re: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Dim 7 Nov - 19:52

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    Une mélodie. C'était ce qui l'avait réveillé, au départ. Pas une de ces comptines agaçantes et irréelles des Clefs, ou bien une de ces chansons qui parfois résonnaient le soir, lorsque les pensionnaires pensaient que plus personne ne pouvait les entendre, et qui étaient si déchirantes que pendant un vague instant, il semblait que même le Temps lui-même s'arrêtait pour l'écouter, et commençait à en pleurer. Non, ici, ce n'était qu'un air de flute, tout simple, qui revenait en boucle, si ténu qu'il avait réussi à s'infiltrer dans les rêves fatigués de La Pie, et à s'y mélanger, pour mieux le tirer de sa torpeur.

    L'homme grogna, ouvrant difficilement un œil vitreux. Il se redressa, passa la main sur son visage anguleux, comme pour se débarrasser des derniers lambeaux de sommeil qui auraient pu continuer à se raccrocher à lui, et posant par terre la bouteille largement entamée auparavant posée à côté de son bureau de bois sombre, se leva à contrecœur. Il leva les bras, s'étirant avec un grondement, puis se frottant une dernière fois ses yeux encore remplis de sommeil, sortit de la pièce.

    Une fois dans le couloir, il suivit l'étrange petit air de musique. Malheureusement pour le proxénète, le musicien inconnu en était à la fin de son morceau, et très vite, celui-ci s'arrêta sur une dernière note, qui s'évanouit dans l'air. La Pie eut un air perplexe, puis suspicieux. De sa voix éraillée, il marmonna un juron.

    - 'Tain, ils savent vraiment plus quoi inventer...

    D'habitude, il était du genre à appliquer rapidement et sans aucune pitié la sentence réservée à ceux des Travailleurs qui trouvaient très drôle de faire ce genre de tapage nocturne, si bien qu'en général la maison était plutôt calme le soir – en revanche, il ne disait rien aux Clefs ; leurs Maîtres décideraient eux-même de la sentence. Mais là, il n'avait pas été assez rapide pour pouvoir localiser le fauteur de trouble ; au final, il ne savait même pas s'il s'agissait d'un de ses « employés » ou bien de ceux qu'il se contentait plus ou moins d'héberger.

    Il eut un geste agacé, retenant un autre juron, et rentra dans son bureau. Avisant son fauteuil, il s'affala dessus, balançant dans le même temps ses jambes maigres. Et là, plusieurs choses survinrent : La Pie sentit contre son pied lourdement chaussé rencontrer un obstacle, qui n'opposa bizarrement presque pas de résistance ; et presque tout de suite après, un bruit de verre brisé et un « glou-glou » caractéristique retentirent à ses oreilles. Il se redressa presque immédiatement, s'éjectant du fauteuil que ses propres roulettes éloignèrent, et se précipita voir les dégâts avec un air catastrophé. Là, au sol, sur le parquet de bois, la bouteille d'alcool, définitivement cassée, laissait tristement son contenu ambré s'écouler sur le sol, formant peu à peu une flaque transparente qui s'agrandissait de seconde en seconde. Le rouquin regarda le résultat de sa négligence, et un rictus rageur envahit doucement son visage, jusqu'à ce qu'il frappe du poing.

    - M-rde !

    Une douleur intense se diffusa soudain dans son poing serré. Le relevant à son visage, l'homme contempla la plaie causée par un morceau de verre, dont le sang commençait à s'écouler en une rigole de sombre écarlate, et se dit avec un certain cynisme qu'au moins avec la dose d'alcool dont le bout de bouteille devait être imprégné, il n'y avait aucun risque d'infection. Il soupira, fermant un moment les yeux d'un air fatigué. Au moins, la douleur avait eu l'avantage de le calmer. Il se releva et décida de laisser la pièce telle quelle ; il rangerait tout ce foutoir demain. De toutes manières, cette habitude de dormir dans son bureau – plus causée par une certaine somnolence due à l'alcool, que par une réelle paresse – n'était pas forcément très bonne pour son sommeil, alors autant dormir dans son lit ce soir.

    De préférence avec une nouvelle bouteille, quand même.

    Il sortit de la pièce une nouvelle fois, fermant la porte, et se dirigea vers la cuisine. Les couloirs qu'il traversait, au départ lourdement décorés, se dénudaient au fur et à mesure que l'oiseau voleur s'éloignait de l'habituel chemin que prenaient les Clients. Bientôt il n'y eut même plus de rideaux pour cacher les sombres barreaux aux fenêtres par ailleurs de plus en plus rares, et sous ses chaussures ferrées, il n'y eut plus de tapis rouge pour étouffer le bruit de ses pas pesants, que par réflexe, il adoucit, pour faire peu à peu disparaître le bruit si inconvenant à ses oreilles.

    Arrivé devant la porte de la cuisine, La Pie fronça les sourcils ; pourquoi diable était-elle ouverte ? Et par qui ? Il se rembrunit, et rentra sans bruit, comptant bien piéger l'intrus – qui était sans doute un Travailleur trop gourmand pour son bien – et lui faire payer cette transgression.

    Pourtant, entré dans la pièce, il se figea en reconnaissant la petite silhouette, qui ne l'avait encore remarquée, toute accaparée qu'elle était par le festin devant lequel elle s'était attablée. Il leva les yeux, retenant un grognement d'exaspération, et sa main s'éloigna de l'étui de son Taser. Cette gamine allait le rendre fou. Le rouquin croisa les bras, et fit résonner sa voix dans la pièce :

    - Je peux savoir ce que tu fais ?

    Son ton était froidement poli, bien que teinté d'un très léger agacement. Qui pouvait très vite, on le devinait, se muer en une rage noire.
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MessageSujet: Re: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Jeu 11 Nov - 17:39

    La cuisine était sombre. Le soleil ne s’était pas encore levé, mais Annie avait faim. Alors elle s’en fichait un peu de l’obscurité de la cuisine. Avant elle aurait eu peur certes, mais Mister D lui avait appris à ne plus avoir peur du noir, l’enfermant dans une pièce sombre pendant des heures quand elle n’était pas obéissante. Elle avait donc appris à ne plus avoir peur du noir. Mais du soleil ne faisait pas de mal quand même. Elle aimait se chaleur qui lui caressait sa peau de bon matin. Elle aimait sa douceur. Elle aimait quand le soleil éclairait tout l’univers de sa douce lumière. Le soleil lui donnait du réconfort en brillant de toute sa splendeur. Mais l’heure n’était pas à la poésie. Elle se trouvait dans une salle inconfortable, exclusivement réservée aux clefs et aux travailleurs. Il y avait bien quelques fois Meadow qui mangeait ici. Mais lui ça ne comptait pas. Vraiment… Meadow mangeant n’importe où, on ne pouvait donc pas dire que les maîtres se sustentaient dans la cuisine. La cuisine n’était que les coulisses du réfectoire des maîtres. Entre les murs crasseux et les toiles d’araignées qui avaient élu domicile dans cette pièce, les gens n’y entraient jamais. Les maîtres évitaient le plus possible cette salle et les clients n’étaient même pas au courant de son existence. Mister D laissait quelques fois Annie manger dans le somptueux réfectoire, quand il voulait être en sa présence. Cependant Annie n’avait pas un gout du luxe prononcé. Elle aimait les choses simples et quand on lui offrait un cadeau elle était heureuse. Non pas parce qu’elle avait un nouvel objet mais parce que l’on avait pensé à elle. Tout simplement.

    En pensant à Mister D, elle ne remarqua pas la présence dans la salle. Elle regardait son cookie dans sa main. Elle n’en avait pas encore mangé un bout. Annie avait toujours ce petit rituel avant de manger quelque chose. Elle regardait la nourriture qu’elle tenait dans sa main pendant de longues minutes avant de déguster. Oui Annie avait cette manie désagréable de regarder la nourriture avant de la manger. Comme si… comme si ce qu’elle faisait c’était mal. Comme si elle n’avait pas le droit de manger. Même Annie ne savait pas pourquoi elle faisait ce petit rituel mais elle ne pouvait pas s’en empêcher. Cela venait naturellement. Oui. Elle s’excusait devant ces produits alimentaires offerts à elle. Quelques personnes se moquaient d’elle quand elle faisait ça. Surtout Anselm. Et Louis. Mais elle s’en fichait. Elle ne pourrait pas se défaire de ce tic. Mais elle avait peur de cette manie bizarre qui ne la quittait pas. Et si… Si elle devenait anorexique, refusant de faire du mal aux produits alimentaires ? Ou peut-être était-ce quelque chose de plus enfouit qui se manifestait comme ça. A vrai dire elle n’en savait rien mais essayer de se débarrasser de cette « tare ». Mais à chaque fois c’était la même chose : elle se mettait devant la table, prenait quelque chose dans son assiette et pouvait rester pendant des heures à observer ce qu’il y avait dans son assiette. Alors Annie se sentait mal mais faisait semblant de se moquer d’elle avec les autres.

    Tout en train de réfléchir, elle n’entendit pas tout de suite la voix rauque. Elle n’entendit pas, non plus, quand celle-ci se rapprocha. Des larmes montèrent ses joues quand elle voulut mettre son cookie dans sa bouche. Elle ne pouvait tout simplement pas. Elle ne savait pas pourquoi. Mais son ventre grognait famine. Il fallait qu’elle mange. Il le fallait. Mais elle n’y arrivait pas. Pas quand elle était seule. Il lui fallait plusieurs heures de concentration pour réussir à manger. Et là… elle n’y arrivait tout simplement pas. Elle rapprocha le cookie aux pépites de chocolat dans sa bouche et, au moment où elle allait vraiment commencer à croquer. Elle s’aperçut, alors, de la présence du gérant de la maison.

    Il était là, les bras croisés sur sa poitrine. Ses cheveux roux en bataille, son visage fatigué. Sa main se serrait devant son étui à taser. Ses yeux, rougis par la fatigue, se fermaient presque tout seul. Bien qu’il n’ait pas son taser en main et qu’il ne pouvait pas l’utiliser contre elle… Annie prit peur. Le gérant était réputé pour son intransigeance et son manque de pitié. Annie avait vu des travailleurs boitant dans les couloirs. Des travailleurs qui se cognaient la tête contre les murs. Et ça, c’était un coup du taser du gérant. Plusieurs personnes le lui avait dit. Et ça lui faisait de la peine de les voir dans un état pitoyable pour certain. La voix rauque monta dans la pièce avec un air de sévérité et de dureté.

    -« Je peux savoir ce que tu fais ? »

    Annie reposa le cookie sur la table. Elle baissa la tête comme honteuse de son acte. Cette question… Elle la frustrait. Comme prise sur le fait. Elle n’avait pas le droit de manger, elle en était certaine. Mais comme Annie souriait toujours, ce moment ne fit pas exception à la règle. Elle releva alors sa tête en même temps que ces cheveux bouclés. Elle haussa les épaules. Ce geste ne se voulait pas provoquant. Elle voulait simplement dire qu’elle ne savait pas elle-même.

    -« C’était pour manger. J’avais faim mais… je n’arrive pas à manger. Je me force pourtant, vous savez ? »

    Cette phrase était simple. Mais pour Annie il lui avait fallut quelques minutes pour avouer qu’elle avait un rapport avec la nourriture un peu étrange. Elle avait avoué quelque chose qu’elle ne voulait pas s’avouer elle-même. Elle se sentait mieux tout d’un coup. Rassurée, libérée. Alors, devant les yeux de La Pie, elle prit son cookie et en croqua un bout.

    Ce simple geste n’était pas pour défier le gérant, nullement. D’ailleurs elle reposa le cookie, estimant qu’elle en avait terminé avec cette fringale. Elle voulait retourner dans sa chambre, entourée de ses peluches, en sécurité. Elle sentit la fatigue la prendre de surprise.

    Malheureusement, cela était sans compter sur le gérant de la maison d’Ambroise. Celui-ci l’observait d’un regard mauvais

    La rencontre n’était pas terminée pour la chère Annie.

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Dernière édition par Annie Duboise le Dim 14 Nov - 23:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Dim 14 Nov - 20:13

    La Pie regarda la pièce avec un dégoût manifeste. Il fallait l'admettre, malgré sa clientèle plutôt riche, l'Ambroise n'était pas forcément un lieu de plaisance et de luxe, du moins pas partout... Et surtout pas dans la cuisine. Un carrelage sale qui ne reflétait plus rien d'autre que sa propre crasse, de vieilles tables en bois qui étaient sans doute rongées par les termites et autres bestioles peu ragoûtantes... Seigneur, mais que foutait donc le ménage ? Visiblement autre chose, parce qu'il devait bien s'être passé des siècles depuis le dernier coup de plumeau passé dans cette atrocité. Encore heureux que le jour ne soit pas encore levé, car même à travers une lumière aussi faible que celle qu'apportaient les fenêtres, le spectacle ne devait pas être très plaisant à voir.

    Et au milieu de la pièce crasseuse et triste, se tenait cette petite silhouette, dont la blondeur était révélée par les rares rayons lunaires, et qui regardait en silence le minuscule gâteau qu'elle tenait dans sa petite main encore potelée par le temps de l'enfance, de ses grands yeux bleus pensifs et remplis d'une innocence irréelle. Un instant, la mélodie qui l'avait réveillé vint dans la tête de La Pie, comme pour lui rappeler quelque chose... Peut-être était-ce l'innocence commune à l'air de flûte et à l'enfant devant lui qui lui vint en tête. Mais l'instant d'après, les yeux de l'Oiseau se durcirent, et il eut un claquement de langue agacé ; le charme était rompu.

    Ce n'était pas un ange, un elfe, ou tout autre créature aussi niaise que fantaisiste – mais la Maison n'était-elle pas remplie de ces êtres « fantaisistes » ? - qui se tenait devant lui, mais cette insupportable gamine, avec ses sourires Colgate et sa stupidité atroce. Pas étonnant que les blondes aient mauvaise réputation, avec un spécimen pareil. Et qu'est-ce qu'elle attendait pour croquer ce foutu cookie ?! C'est vrai qu'il ne devrait pas encourager un comportement à l'encontre du règlement, mais même pour lui, cette attente était insoutenable ; alors qu'est-ce que ça devait être pour le pauvre biscuit !

    Tiens, rectification faite, il n'aurait peut-être pas besoin d'une deuxième bouteille de whisky, en fin de compte, la première avait déjà amplement fait son travail. Il décida de prendre une bouteille de vin à la place. Moins fort.

    Pendant ce temps-là, la môme avait déposé l'infortuné cookie sur la table, la tête baissé en signe de honte. Bien, au moins elle montrait qu'elle savait ce qu'elle faisait, et qu'elle entrevoyait les risques de son acte. L'une des rares choses qui était bien avec cette gamine, il fallait l'admettre, c'était son incapacité à bien mentir. Franchement, des fois il se demandait pourquoi diable elle était au service de ce « cher » Mister D., parce que sérieusement, elle était aussi guimauve que la « Mama Luz » de Nancy. Voire pire. Non, une seconde, est-ce que c'était seulement possible, ça ?

    La Pie fut soudain interrompu dans ses réflexions hautement philosophiques par Annie – ah bah tiens, elle était encore là, elle ? - qui dit de son horripilante voix fluette :

    - C’était pour manger. J’avais faim mais… je n’arrive pas à manger. Je me force pourtant, vous savez ?

    Elle agrémenta tout ce petit discours d'un haussement d'épaule. Et croqua un bout du cookie. Avant de le reposer.

    … Non, mais elle se foutait de lui, là ? Elle croyait sérieusement pouvoir s'en sortir avec cette simple phrase, et après un comportement pareil ? Qu'est-ce qu'elle croyait, que sous prétexte qu'elle était une Clef, elle pouvait se permettre de le provoquer comme ça ?

    La bouche du gérant eut un rictus de rage, et il s'avança vers la petite blonde, comme un rapace qui aurait repéré une proie, un rongeur insignifiant. Sa main se détendit brusquement, comme une serre, et il chopa la gosse par une grosse poignée de ses cheveux blonds. Se penchant vers la petite forme qu'il tenait désormais sous sa poigne, il approcha son visage anguleux de celui, poupin, d'Annie, et plaça sous le menton de celle-ci la crosse de son choqueur, et siffla d'une voix glaciale :

    - Tu te fiche de moi... Tu espère vraiment t'en tirer comme ça ?

    Tant pis pour les éventuels problèmes avec le Maître. Cette petite peste était trop insupportable pour qu'il veuille faire dans la dentelle.
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Annie Duboiseavatarprofil +
MessageSujet: Re: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Dim 21 Nov - 10:01


    Annie regarda l’homme s’avancer vers elle tel un prédateur chassant sa proie. Il avait un rictus sauvage sur son visage. Et Annie se dit que c’était un mauvais moment à passer. Comme Gabrielle lui disait souvent « de l’obscurité naitra la lumière ». Annie sourit à cette pensée. Elle jeta un regard à la fenêtre aux barreaux et aux vitres crasseuses. La nuit arrivait bientôt à sa fin. Il s’avançait encore plus… Jusqu’à se retrouver devant elle. Jamais elle n’aurait imaginé une telle réaction de sa part… Elle ne voulait pas être impertinente. Ce simple geste elle l’avait fais pour elle. Pour se dire que son étrange relation avec la nourriture… ben ça serait comme ça pour l’instant. Elle n’y pouvait rien. Mais La Pie ne l’avait pas entendu de cette oreille là. Et Annie, le voyant s’approcher dangereusement vers elle, pria le ciel pour qu’il ne lui arrive rien de trop… de trop malheureux. Était-ce le mot : malheureux ? Le gérant de la maison était-il aussi méchant que le disait certaines personnes ? Annie ne voulait pas le croire. Personne ne pouvait être méchant par plaisir. Enfin… En plus il n’y en avait pas des méchants dans la maison close ! Non il n’y en avait pas…

    La scène semblait irréelle aux yeux d’Annie. Elle voyait, le cœur battant, le prédateur venir vers elle. Le regard méchant et les mains telles des serres prêtes à attraper la petite fille. Non elle faisait un cauchemar… Ce n’était pas réel. Et puis même si c’était réel, le gérant ne pourrait pas lui faire de mal. Mister D la protégerait ! Elle en était sûre ! Mais la réalité la rattrapa bien assez tôt. Monsieur La Pie avait prit une poignée des cheveux blonds et bouclés de la fillette.

    Annie sursauta. Elle ne s’attendait pas à une telle violence ! Certainement pas ! Pas pour un haussement d’épaule… Si ? Mais elle ne l’avait pas fait contre lui ou pour lui… Elle l’avait fait parce qu’elle… Elle… Mais… non… ce n’était pas… contre lui. Elle sentait les mains maigre mais forte sur ses cheveux. Il lui tirait les cheveux. Et ça lui faisait mal. Elle avait la tête baissée et regardait le sol. Ne pleure pas… Ne pleure pas… Il ne fallait pas qu’elle pleure. Elle se l’était promit qu’elle ne pleurerait plus devant une personne… Seule, dans sa chambre, quelques fois elle s’en donnait à cœur joie de pleurer. Mais toute seule. Et puis… Non ! Annie c’était le petit rayon de soleil qui éclairait les journées de Pace. Il lui avait dit, chuchoté dans l’oreille quelques fois. L’homme au visage dur comme de l’acier avança son visage à quelques centimètres de celui doux et effrayé de la jeune fille. Annie ne savait pas comment gérer cette situation. Comment tout cela avait pût arriver ? A cause d’un haussement d’épaule et c’est tout ? Parce qu’il l’avait prit pour lui ? Méritait-elle un tel traitement ? Et puis pourquoi avait-il réagi de cette manière là ? Puis son regard trouva le sien. Beau contraste que celui gris comme les nuages et le vert lumineux d’Annie. Elle sentit la crosse du taser de La Pie sur son menton. Est-ce qu’elle allait se recevoir un coup de taser ? Et puis… Non il n’a pas le droit de faire ça…

    Leurs regards s’arrachèrent l’un de l’autre, comme l’on arrache un pétale de rose. L’ambiance était électrique. Un silence de mort régnait. Il semblait à Annie que le temps avait prit fin dans cette pièce obscure… Elle et lui. Sans personne, sans témoin. Soudain la jeune fille réalisa qu’elle était en danger. Qu’il pourrait très bien la tuer à coup de taser. Il n’aurait qu’à inventer un pieux mensonge et dire qu’elle avait sauté par la fenêtre… Ou bien… elle ne savait pas réellement ce qu’il pourrait inventer comme mensonge à sa mort, mais elle savait qu’elle se trouvait en danger maintenant. Le choqueur était le danger plus important. Il fallait qu’elle se dégage de La Pie… Mais il était trop proche d’elle et la tenait d’une poignée de fer. Elle se dit qu’il n’y avait plus d’espoir et que c’était fini pour elle… Qu’elle… Mais non ! Il y a toujours un moyen ! La parole… C’est d’ailleurs à ce moment là que le gérant de la maison finit par dire :

    -« Tu te fiche de moi... Tu espère vraiment t'en tirer comme ça ? »

    C’était bien ce qu’avait pensé Annie. Il croyait qu’elle lui avait manqué de respect… Annie n’avait plus envie de pleurer. Cependant une grosse envie de parler l’avait prise de court. Elle voulait parler. Dire des choses qu’elle n’avait jamais dîtes sauf à Mister D, bien évidemment. Doucement elle s’humidifia les lèvres pour pouvoir parler correctement et ne pas bégayer. Dans une telle situation il ne fallait pas faire la moindre erreur. Elle réfléchit à ce qu’elle allait dire… Mais elle avait mal à la tête et le regard de La Pie sur elle n’arrangeait rien du tout… En plus que le regard de La Pie était désireux de la tuer à coup de taser elle en était sûre… Mais elle réunit son courage bien que cela sembla lui prendre du temps… Et puis elle sentait que le prédateur s’impatientait. Enfin, de sa petite voix chantonnant et claire, elle répondit.

    -« Je m’excuse. Je ne voulais pas vous manquer de respect. Ce n’était pas mon intention. Alors s’il vous plait excusez-moi… »

    Elle n’osait plus voir les yeux de La Pie… Elle regardait le sol crasseux, priant Dieu pour que cette phrase ne soit pas mal prise aux oreilles du gérant fort méchant de l’homme.

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MessageSujet: Re: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Ven 26 Nov - 22:46

Pendant ce qui avait semblé être une éternité, la gamine l'avait regardé dans les yeux, sans rien dire, avec le même air hébété qu'une biche prise sous les feux du véhicule qui était sur le point de la percuter. Enfin, au bout d'un moment les prunelles émeraude se baissèrent, au soulagement de La Pie, mal à l'aise sous ce regard choqué et rempli d'incompréhension. Pas qu'il se sente particulièrement coupable, non... Mais à vrai dire, il n'avait jamais aimé qu'on le regarde dans les yeux. C'étaient les faibles qu'on regardait dans les yeux, c'étaient les proies. Et il détestait devoir être celui qui avait à baisser le regard, surtout devant plus puissant que lui.

Et cette mioche, alors, ça voulait dire qu'elle l'était, plus puissante... ? Non. Mais elle, elle était une aberration. Une chimère improbable, un élément qui n'aurait pas dû être là, qui n'aurait pas dû exister. Une Clef. Un rêve, ayant pénétré de force la réalité des choses, qui avait l'univers rationnel et rassurant du réel, bouleversant l'ordre naturel de par sa simple et blasphématrice présence. Alors non, il n'aimait pas la regarder dans les yeux. Ce n'était jamais très agréable de croiser son regard avec celui d'une anomalie.

Cependant il ne put s'empêcher de la contempler avec une curiosité vaguement malsaine, se demandant encore une fois, à travers la légère brume qu'avait insidieusement répandue l'alcool dans son cerveau, comment une enfant aussi jolie avait pu tomber sous la coupe d'un être tel que le – tel que Mister D. Les cheveux soyeux sous ses doigts serrés, la peau de pêche tout près de lui, les grandes orbes de jade, la bouche aussi appétissante qu'innocente... Décidément, pas étonnant qu'elle ait autant de succès ; ni qu'elle ait attiré l'attention d'un personnage pareil... Mis à part les... capacités... de la gosse, ça devait être jouissif pour lui de posséder un ange pareil. La Pie eut un rictus légèrement dégoûté. Personnellement, adorable ou pas, une mioche restait une mioche et un monstre restait un monstre. Point à la ligne.

D'ailleurs, plus les secondes passaient, plus il se demandait ce qu'il allait bien pouvoir en faire, de la blondinette. La punir directement serait assez mal vu, sans compter que La Pie était suffisamment lucide pour s'avouer sans trop de difficulté que même s'il n'était pas encore ivre mort, il n'était pas non plus en assez bon état pour pouvoir faire des marques discrètes sur la mouflarde. Et elle était tellement chétive, le taser risquait de l'endommager encore plus, peut-être même de la tuer. Tiens... C'était une idée, ça. Et s'il la butait ? Comme ça, plus d'emmerde avec elle, plus de chieuse insupportable. Peut-être que deux ou trois clients ne seront pas très contents, mais et alors ? Ils trouveront quelqu'un d'autres. Clefs ou pas, les p*tes toutes sont remplaçables. Toutes.

Soudain la voix cristalline de la petite blonde brisa le silence avec timidité :

- Je m’excuse. Je ne voulais pas vous manquer de respect. Ce n’était pas mon intention. Alors s’il vous plait excusez-moi…

Alors... Alors pour le coup, autant l'admettre, il était scié. D'aussi loin qu'il se souvienne, cette mioche, il ne l'avait jamais entendu s'excuser. Ja-mais. Sauf peut-être à son Maître. Il la regarda donc avec un air suspicieux, avant de soupirer. En y réfléchissant bien, au final, cette gamine était certes insupportable et atrocement niaise, mais entre passer un bon moment pour l'avoir fait disparaître définitivement de la surface de notre Terre aussi belle que magnifiquement polluée et rester en vie sans avoir à tenter l'épreuve ultime - à savoir survivre à la colère de Mister D. -, le choix était tout fait.

Il la reposa par terre, et croisa les bras, son taser toujours à la main, avant de contempler Annie d'un air las et agacé.

- Bon, qu'est-ce que tu fiches réveillée à une heure pareille, à part piquer des trucs dans le réfectoire ?

Autant se renseigner. S'il y avait un problème dans la chambre d'une Clef, mieux valait le régler dès que possible.
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Annie Duboiseavatarprofil +
MessageSujet: Re: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Mer 1 Déc - 16:37

    Annie ne savait plus quoi faire. Juste le regarder dans les yeux. C’était la seule à faire pour l’instant. Elle priait intérieurement pour que La Pie ne la tue pas. Elle l’avait vu dans ses prunelles grises. Les yeux… étaient le reflet de l’âme. Et Annie plantait souvent son regard dans ceux de ses interlocuteurs pour savoir ce qu’ils avaient derrière la tête. Sa mère lui avait toujours dit que « planter son regard dans un autre, c’était quelque chose d’absolument fantastique ». Oui, bon. Annie se dit que là, ce n’était pas formidable, mais plutôt quelque chose fort. Un moment très fort. Il fallait dire que l’ambiance était électrique. Et Annie était inquiète quant à son… avenir ? Vivrait-elle seulement un jour de plus ? Rien n’était moins sûr qu’à ce moment là.

    Le silence. Inquiétant silence. Les yeux se défirent l’un de l’autre et Annie sentait toujours la main de La Pie tenant ses cheveux fermement. Mais il ne les lui tirait plus. Une bonne chose. Peut-être qu’il l’épargnerait et qu’elle pourrait rejoindre sa chambre tranquillement. Elle se promit qu’elle ferait plus attention la prochaine fois, car ce n’était pas la première fois qu’elle faisait des vagabondages en pleine nuit. Soit dans la cuisine, soit dans la grande salle de la piscine. Mais le soir, elle avait l’impression d’être enfermée dans une chambre sordide. Bien qu’elle ait ses peluches et ses jeux. Mais Annie avait besoin de grands espaces, des grandes libertés… qu’elle n’avait pas. Le taser était contre sa tempe. Revenant à elle, elle sentit la taser qui était toujours placé contre sa tempe. Si Monsieur La Pie enlevait son arme contre elle, Annie serait moins inquiète. Mais que pouvait-elle faire à part s’excuser ? Et s’excuser, elle l’avait déjà fait. Il ne fallait pas qu’elle pleure. Pleurer devant autrui était signe de faiblesse. Et Mister D interdisait les pleurnicheries. Et puis… Annie était entrainée pour ne pas pleurer. En enfer… elle secoua la tête ne préférant pas y penser. Annie respira longuement, sans faire de bruit. Pas dans un moment aussi tendu.

    Monsieur La Pie rêvait de la tuer. Comme bon nombre de personne à l’Ambroise voulait la tuer. Annie le savait. Mais elle n’en avait cure. Mister D était là pour la protéger n’est-ce pas ? Mister D… il la protégerait toujours, tout le temps. Mais quelques fois, Annie avait des doutes. D’ailleurs, elle en avait maintenant des doutes. Si le gérant de la maison Ambroise la tuait… est-ce que Mister D le punirait durement ? Comme il avait fait avec elle ? Annie s’avoua qu’elle avait de forts doutes. Alors elle ferma ses yeux d’un vert éclatant et pensa à autre chose. Quand Mister D venait dans sa chambre et puis qu’il lui faisait des bisous sur sa joue et sur son cou. Quand il prenait sa main quand elle était malade. Puis, Annie ne sentit plus le taser menaçant sur sa tempe. Elle ne sentit plus la poigne de fer sur ses cheveux. Rêvait-elle ou bien La Pie avait-elle enlevé toute menace de mort ? Elle se permit d’ouvrir les yeux. Et bien oui. Le gérant était là, en face d’elle. Grande stature rachitique. Et elle, petite fée au milieu d’un environnement insalubre. Les bras croisés sur sa poitrine, son taser toujours dans sa main, il regardait Annie de haut. Et Annie ne devait pas faire d’erreur cette fois-ci. Il avait un air las, agacé. Il prit la parole avec sa voix d’homme, grave et enrouée.

    -« Bon, qu'est-ce que tu fiches réveillée à une heure pareille, à part piquer des trucs dans le réfectoire ? »

    Cette fois-ci, Annie était sciée. Elle ne s’attendait pas à quelque chose dans ce genre là. La question était totalement innocente. Annie regarda la Pie de côté. Elle se méfiait tout de même. Peut-être était-ce une question piège non ? Annie s’humidifia les lèvres avant de répondre de sa voix fluette de fée.

    -« Et bien… je me suis réveillée et puis j’ai eu faim. Et quand je me réveille je n’aime pas restée trop longtemps dans ma chambre. Alors j’ai vu que la porte de ma chambre n’était pas fermée à clef. Quelques fois, elle n’est pas fermée à clef alors j’ai pris le chemin de la cuisine pour aller manger quelque chose. Mais… en fait, je n’arrive pas à manger. »

    Elle n’en dit pas plus. Elle en avait assez dit comme ça. Et puis. Elle le savait maintenant. Elle n’irait plus jamais dans la cuisine quand il y ferait nuit. Car, elle en était sûre : La Pie « veillerait au grain » maintenant.
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MessageSujet: Re: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Dim 6 Fév - 23:47

Il regardait la gamine, qui paraissait interloquée par une question si simple. Quoi, elle est trop dure pour toi ? pensa La Pie avec ironie. Mais il garda ses réflexions pour lui ; la mioche ne connaissait surement pas le principe de la question rhétorique, et ça ne ferait que la ralentir un peu plus. Alors le proxénète se tenait coi, se contentant d'un imperceptible rictus amusé devant le regard méfiant de la petite blonde, qui visiblement se tenait sur ses gardes, comme si elle avait peur de se faire avaler à la moindre réponse un tant soit peu incorrecte. Il vit une petite langue rose se faufiler hors des lèvres pulpeuses pour les humecter légèrement, les rendant brillantes et appétissantes, puis la bouche enfantine s'ouvrit, laissant passer une voix flûtée :

- Et bien… je me suis réveillée et puis j’ai eu faim. Et quand je me réveille je n’aime pas restée trop longtemps dans ma chambre. Alors j’ai vu que la porte de ma chambre n’était pas fermée à clef. Quelques fois, elle n’est pas fermée à clef alors j’ai pris le chemin de la cuisine pour aller manger quelque chose. Mais… en fait, je n’arrive pas à manger.

… Bon, autant dire qu'il ne s'attendait pas à cette réponse, encore une fois. Ça devenait une habitude. Une habitude fort agaçante, d'ailleurs... L'Oiseau voleur haussa un sourcil et toisa la gamine devant lui, laissant un silence s'installer. Finalement il émit un soupir, se détendant, et levant les yeux au ciel devant une telle preuve de stupidité.

Se détournant, il fouilla dans la poche de son jean en râlant doucement, et finit par en tirer un vieux paquet tordu de cigarette qui crissa sous ses doigts. Le rouquin en tira une et la coinçant entre ses lèvres fines, se mit à chercher du regard à travers la cuisine, avant de se diriger à grandes enjambées vers un des tiroirs près des gazinières que des couches d'huiles rendaient luisantes sous les faibles rayons de lune qui arrivaient à se faufiler dans la grande pièce crasseuse, et l'ouvrit, pour en retirer une vieille boîte d'allumettes aussi usée que le reste. Il gratta une desdites allumettes, et bientôt une flamme minuscule et tremblotante diffusa son insignifiante lumière orangée dans la pièce.
La Pie l'approcha du tabac, puis l'agita négligemment, éteignant sans aucune pitié la fragile et éphémère lueur, avant de prendre une bouffée qu'il rejeta en un volute indolent, qui se perdit dans l'espace sombre et bien trop grand pour lui. Il finit par se retourner vers Annie.

Le gérant jeta un regard fatigué sur la gamine. Quelle affaire, cette blondinette, quelle affaire... Rejetant une nouvelle bouffée, il s'appuya sur le plan de travail derrière lui, comme s'il allait s'y asseoir. Sa voix rauque et sèche retentit, moins fort, moins durement que les autres fois :

- Écoute, prend ton paquet de biscuit et tire-toi. Tu le mangeras dans ta chambre si t'as faim. La prochaine fois que tu as ces... « envies nocturnes », viens me voir au lieu de jouer les voleuses. C'est moins fatiguant, et ça fera moins d'embrouilles.

La Pie se sentait de plus en fatiguée, et un début de migraine commençait à pointer son nez, tandis que sa gorge était de plus en plus sèche. La cigarette avait au départ calmé sa soif, mais celle-ci recommençait à se manifester, plus insistante que jamais ; le roux s'humecta les lèvres, tandis que lui revenait le but initial de sa visite dans la cuisine.
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Annie Duboiseavatarprofil +
MessageSujet: Re: La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie] Mer 30 Nov - 12:01

Ses doigts se croisaient, se délaçaient. Ses yeux scrutaient, se détachant parfois d’une contemplation interdite de l’oiseau voleur. Les restes de mots semblaient flotter, voile incolore sur les hauts plafonds de la cuisine sale, morne, triste. Quelques fois, des moments furtifs remplis d’émotion. Un coup d’œil. L’adolescente est bloquée. Statue de marbre face à un oiseau prêt à partir. Et soudain, une esquisse d’un sourire qui apparait doucement. Les yeux retrouvent leur éclat joueur. La statue redevient humaine. Elle le voyait bien de ses yeux brulants de chaleur, un étonnement de la part de ce mystérieux gérant. Un lien indirect, une affection particulière à n’en pas douter. Annie s’amusait à étonner, surprendre. Ses amis, ses ennemis. Esprit joueur, esprit taquin. Un sourcil s’haussa, des yeux la toisèrent. Annie se sentait mieux. Elle pouvait affronter les obstacles maintenant. L’aura du garçon était devenue plus calme, moins méfiante. Preuve en était d’un soupir si longtemps gardé et les yeux se levèrent semblant implorer le ciel de façon exagérée. La jeune fille mordit sa douce lèvre pour qu’un rire ne puisse retrouver sa liberté. Plusieurs fois déjà ses yeux avaient retrouvé sa liberté. Plusieurs fois déjà ses yeux avaient jeté un regard furtif à cet étrange oiseau. Elle ne le comprenait pas. Il n’était pas comme elle. Et pourtant… un petit nœud s’était noué peut-être. Etrange relation. Tellement différents l’un de l’autre. Petite fille têtue et désobéissante. Grand garçon perdu et violent. Pour Annie le côté perdu de la Pie avait quelque chose de passionnant. Fascinant. Elle savait au fond d’elle pourquoi cette fascination. Son propre reflet enfermé dans une cage dorée. Son propre reflet enfermé dans les yeux de l’oiseau. La pie fumait. Légère fumée se détachant d’une prison de cendre. Les doigts fins se dépliant comme des serres. Tout compte fait c’était le personnage de la Pie tout entier qui était fascinant. La lueur de l’allumette l’éclairait d’une façon extraordinaire. De son point de vu. Elle ne le voyait pas lui mais contemplait son cœur. Un cœur triste. Un cœur brisé par la vie. Parce que la vie ne fait pas de cadeau. C’est sa première règle. Puis les maux de la vie, les tentations ne facilitent pas grand-chose. Drogues, alcool. Tous ces déboires pour mieux fuir la réalité. Dure réalité. Terrible réalité. L’homme tourna son visage, une douceur éphémère. La lumière venant de l’allumette s’était éteinte, l’homme était redevenu sombre. Dans son regard une lueur de nostalgie ? Un regard fatigué lancé sur un visage presque angélique, calme. Annie était bien réveillée. Ses prunelles ne se détachaient pas de l’oiseau voleur. Les mots sortirent de ce dernier, sec, mais pas cassant. Son dans les aigus et aucune once d’harmonie. Toutefois l’intonation était douce. Elle caressait, faisait espérer la jeune femme. Peut-être qu’un jour deviendraient-il amis ?

-« - Écoute, prend ton paquet de biscuit et tire-toi. Tu le mangeras dans ta chambre si t'as faim. La prochaine fois que tu as ces... « Envies nocturnes », viens me voir au lieu de jouer les voleuses. C'est moins fatiguant, et ça fera moins d'embrouilles. »

Pas de punition, rien qu’un petit conseil. Annie ne pût s’empêcher de sourire. Elle se leva doucement, prit son paquet de cookies. La peur était partie comme l’oiseau voleur. La gamine se leva, et de son petit pas de rat de l’opéra retourna dans sa chambre.

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La nuit porte de nombreux mystères [PV : La Pie]

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