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Derrière, un néophyte - Michael

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Liliaceaeavatarprofil +
MessageSujet: Derrière, un néophyte - Michael Jeu 14 Juin - 14:56

    Peter a réuni tous les pirates vivants, tous les pirates vivants car acceptant leur condition de main d’œuvre du Maître de Neverland. Tout pourrait être comme autrefois, songe Liliaceae du haut de son sapin. Tout pourrait être comme autrefois si seulement ne planait pas au-dessus de leur tête à tous cette ombre menaçante, cette promesse d’un Hiver sans fin, d’une noirceur éternelle. Les pirates pourraient être à nouveau ces brigands assoiffés d’or, pourchassant les Enfants Perdus, et parfois même Lili la Tigresse elle-même, alors qu’ils jouaient à des jeux qu’ils croyaient tous innocents. Neverland pourrait redevenir ce havre d’ivresse, de jeunesse, à condition que le Maître tombe, que le Maître sombre profondément et irrémédiablement dans les eaux profondes qui entourent le bateau déserté par son Capitaine.

    Dans la masse grouillante qui évolue sur le pont, Liliaceae observe attentivement chaque mouvement. Elle a repéré depuis quelques temps un nouveau mousse, et ce nouveau mousse est très, très, très intéressant: une de ses mains n’est qu’un crochet. Sombres souvenirs. La princesse indienne glisse le long d’une branche, s’allonge sur une autre, pose ses mains en visière, et ne lâche pas d’un œil ce matelot depuis son poste d’observation.

    Flashback

    « Sais-tu comment on reconnaît un bon Chef? … Non? Je peux te dire que tu seras un Grand Chef aimé, mon petit. Car le Chef de la Tribu ne doit pas savoir ce qu’un bon Chef doit être ou faire. Un bon Chef doit agir comme il le sent, comme il le désire, car un bon Chef a des désirs et des envies purs et honorables. Il guide son peuple là où son peuple doit aller, et s’arrête là où les tipis doivent se poser. Il écoute la nature, les plantes, les animaux, même le plus petit grain de sable. Un bon Chef n’est rien de moins que l’écho de tout ce qui l’entoure. C’est une tâche ardue, car elle nécessite l’abandonnement le plus total. Mais je sais que tu seras un bon Chef, peut-être le plus Grand de la Tribu depuis le Créateur. Et sais-tu pourquoi? … Non? Et bien c’est parce que ton crâne est si vide que l’air qui y entre a tant de place que tu seras obligé de l’écouter, mon petit. »

    Un rire derrière la toile ricocha dans le silence. Liliaceae posa une main sur sa bouche, interdite. Elle attendit quelques secondes et détala aussi rapidement et aussi silencieusement qu’elle le put. Mais c’était impossible de tromper le Grand Chef. Personne ne pouvait cacher à ses oreilles le son du rire de sa fille cadette.

    Fin du flashback

    Liliaceae attendit la nuit. Elle l’attendit patiemment, ne sachant pas quand la nuit arriverait. Qui sur Neverland peut être certain de voir la nuit arriver? Personne hormis Peter, personne hormis le Maître du Temps. Et ces derniers temps, le Maître du Temps n’en faisait qu’à sa guise. La nuit, les pirates s’enfonçaient dans les ténèbres des cales, comme si le ciel d’encre n’était pas suffisamment étouffant. Ce fut à ce moment que Lili sauta prestement sur le pavois et fit quelques pas, elle n’était pas pressée, elle pouvait revenir à la prochaine lune, à la lune suivant la prochaine lune, et ainsi jusqu’à ce que son plan soit achevé, ou bien jusqu’à son dernier souffle.

    Elle n’eut qu’à poser le pied pour atterrir sur le pont, et elle entendit, du fond de la cale, quelqu’un se déplacer.

    « Crochet », appela-t-elle, s’étonnant d’user de ce surnom si connu aussi vite, pour une personne dont elle n’était même pas sûre.

    Au fond d’elle, elle sentant qu’un homme à la main de fer arrivait à sa rencontre. Si ce n’était qu’un autre lourdaud de pirate, elle s’envolerait aussi vite qu’un corbeau...
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Michael BlackRaspberryavatarprofil +
MessageSujet: Re: Derrière, un néophyte - Michael Jeu 21 Juin - 1:40

Par un rude après-midi d'hiver, - comme toujours depuis maintenant plusieurs mois -, un homme à la main de fer regardait d'un œil mélancolique les flots pâlis par la noirceur du ciel. Les bras croisés contre la rambarde, il restait songeur. Comme il aurait aimé que la mer soit bleue, que les mouettes crient au-dessus de leurs têtes et que le soleil tape sur leur visage déjà moite de sueur et d'eau salée. Mais la mer était grise, presque noire, et seul le souffle du vent et le froid persistaient, détruisant un peu plus, s'immisçant silencieusement entre les matelots pour les paralyser peu à peu, gelant leurs membres et faisant claquer leurs dents sales. L'homme aux cheveux longs s'enveloppa un peu plus dans son manteau de velours pourpre, parcouru d'un frisson, mais déjà un pirate fort bourru d'apparence l'empoigna par le col et le souleva en l'air.

«Toi, l'incapable, à quoi rêves-tu,
hurlait-il. Remets-toi au travail !!»

L'autre le fixa d'un regard froid et ses iris bleus myosotis devinrent subitement rouges, noyés par la haine et la soif de sang. Il appuya la lame qui lui servait de main gauche contre le bras qui le soutenait, fixant toujours le matelot droit dans les yeux.

«Ôtez votre main crasseuse de mon veston, je vous prie...»


Sa voix était calme, parsemée d'une colère encore trop douce pour le faire sombrer dans la folie. Son agresseur le repoussa avec une grimace de douleur, rétorquant que cet idiot était fou à lier. Fou à lier ? Trop aimable. Il était vrai que ce jeune pirate n'était autre qu'un vieux fou de capitaine. Mais il aurait certainement fait un bon capitaine mine de rien, si ces brutes sans cervelles lui laissaient sa chance ! Il aurait peut-être même fait un meilleur capitaine que n'importe quel bougre portant le nom de Crochet ou que ce Peter de malheur ! Ah, Peter ! Rien que l'évocation de ce nom suffisait à le faire grogner comme un vieux chien. Peter, cet homme qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam et qui pourtant emplissait son pauvre cœur de cruauté, le chargeant d'une noirceur accablante tant il le gorgeait de haine. Car après tout, pour tout crime il fallait un coupable et pour Michael, le véritable responsable de tous ses malheurs, c'était bien cet énergumène. Mais qu'importe.
Sur ces douces pensées, il se cramponna au goulot d'une bouteille de rhum et en but plusieurs gorgées, juste assez pour s'enivrer pour plusieurs heures, juste assez pour oublier sa peine. Au bout d'un temps, il la leva en l'air, titubant sur le pont et fredonnant un air qui lui était monté aux lèvres d'une voix ivre et presque éteinte.

«On est de vraies vermines, de maudits pirates, yo-ho !
Avec mes frères de pont, nous écumons les flots !
La mer est la compagne du vrai matelot hardi,
Et le doux vent du nord, le meilleur des amis !

On est de vrais pirates, des matelots sans peurs !
La promesse de l'aube, réchauffe un peu nos cœurs !
En regagnant le port, payes-toi une chambre, bonhomme,
En charmante compagnie ! Et une bouteille de rhum !»


Toutes ses pensées se consumèrent comme des lettres jetées au feu et bien vite il sombra dans un profond sommeil, tombant inanimé sur le pont sous les rires de ses camarades de bord. Il se recroquevilla sur lui-même, serrant contre lui sa précieuse amante, sa chère bouteille, son fidèle ami Alcool dont la charmante compagnie suffisait à le combler, l'espace d'un moment, au moins jusqu'à ce qu'il ne se réveille et que la vie reprenne doucement son cours. Sous ses paupières closes, des étincelles colorées naquirent et dansèrent dans sa tête qui lui tourna. Il murmura encore un moment pour lui-même, en plein délire, avant que son charmant compagnon Alcool ne le trahisse et lui donne un méchant coup sur la tête, achevant complètement de l'assommer. Pour un temps, il sembla apaisé, ses prunelles endormies reprirent la couleur bleue de la mer qu'il aurait tant aimé voir au levé du jour.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, la nuit avait recouvert le navire. La trappe de la cabine d'équipage laissait entrevoir un fin rayon de lumière et on pouvait entendre s'élever dans les airs les rires gras de quelques hommes pas encore assez soûls. Se doutant que la maudite trappe était fermée à double tour, Michael pesta. De toute façon, il n'avait aucune envie de se mêler à eux... Il émit un léger bruit de gorge quand les premiers effets de sa cuite commencèrent à se faire sentir dans son crâne endolori et tenta de se redresser sur ses jambes chancelantes. Ses yeux se posèrent sur sa bouteille d'alcool et il fut pris d'un haut-le-cœur, se tenant le ventre et la bouche pour retenir un vomissement. Non, plus d'alcool pour ce soir, une bouteille avait suffit à lui faire comprendre la leçon cette fois-ci. La seule chose qui lui faisait envie pour le moment, c'était un bon verre d'eau ou alors un bain frais.
Il en aurait bien profité pour piquer une tête mais s'il comptait sur ses camarades de pont pour le repêcher par la suite, il pouvait déjà se considérer comme mort. De plus, s'en aller nager en mer en pleine nuit et dans son état, ça n'avait rien d'une bonne idée. Le jeune homme se laissa glisser contre un des remparts du galion et attendit que son mal de tête lui passe. Au bout d'une bonne heure, il semblait déjà aller mieux et scrutait la grille de la cabine d'équipage, attendant qu'elle s'éteigne. Un soupir passa ses lèvres sèches et glacées et se perdit dans le vent en un nuage de buée. Il avait pour habitude de veiller ainsi, tard, même après que le reste du bateau ne se soit endormi. Après tout, ce n'était pas comme s'il avait mieux à faire, et vu comme il était apprécié, on n'était pas près de lui faire une place pour dormir, même en fond de cale. La lampe à huile finit par rendre l'âme, plongeant l'homme dans la plus sombre obscurité de la nuit. Il frictionna lentement ses épaules, espérant leur apporter un peu de chaleur et ainsi faire cesser les tremblements qui l'agitaient.
Alors qu'il commençait à somnoler, un craquement sourd retentit et le força à se redresser vivement, une main sur le colt, le dos plaqué contre le rempart qui lui servait d'abri contre le vent et jeta un coup d'œil discret dans l'ombre pour y distinguer une silhouette. A sa démarche, c'était sans doute un peau rouge, conclut rapidement le jeune homme avec un certain dédain. Que venait faire ce maudit sauvage à bord du Jolly Roger ? Michael fixa la silhouette avec attention qui commença à se préciser dans le noir. Il pouvait maintenant affirmer avec certitude qu'il ne s'agissait pas là d'un peau rouge, mais d'une peau rouge. Curieux endroit pour faire une escapade nocturne... Le pirate dégaina son colt discrètement et visa avec précision la tempe de la demoiselle des bois. Son regard se noya de sang, il était prêt à tirer quand la petite appela un nom qui lui était familier, ô combien familier... Il baissa son arme et se présenta derrière elle, brisant le silence.

«L'homme que tu cherches n'est plus, cheyenne, tu devrais être au courant... Quoiqu'il est vrai que tu me sembles un peu jeune pour savoir ce genre de choses...»


Il leva dans sa direction le crochet qu'il avait pour main gauche avec une expression sévère.

«C'est moi qui t'intéresse ? Je crains ne pouvoir t'être d'un grand secours... Je me suis moi-même mutilé, vois-tu ? Ça suffit à faire de moi une imposture... Les hommes se mutinent, m'insultent, me méprisent... Il n'y a rien que je puisse faire... C'est à se demander pourquoi je continue de m'accrocher à la coque de ce maudit rafiot.»

Cela dit, il s'approcha de la jeune femme brune et glissa son crochet sous sa gorge avec un regard acéré, menaçant.

«Mais, et toi... Que viens-tu faire ici ? Le Jolly Roger n'est pas la place d'un indigène, et qui plus est d'une femme, d'une fillette... Tu n'as pas d'occupations plus prenantes plutôt que de venir tourmenter un pauvre loup de mer ? Je ne sais pas, chasser le bison, faire bouillir le chien, te coucher parmi de belles fourrures, entre les bras d'un de tes braves, voire même de plusieurs de tes braves... vous les indiens avez de telles mœurs que je ne m'en étonne même plus...»

C'était manquer cruellement de délicatesse que de lui tenir un tel discours, c'est vrai, mais mieux valait chasser cette sauvage au plus vite avant qu'elle ne s'attire de réels ennuis, et rien de tel pour cela que de se faire passer pour le dernier des rustres.


Dernière édition par Michael BlackRaspberry le Jeu 26 Juil - 2:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Derrière, un néophyte - Michael Lun 25 Juin - 13:18

    L’homme qu’elle cherchait était bien celui qui se faufilait derrière elle. Peut-être n’avait-il pas eu le temps de croiser des Peaux-Rouges, songea amèrement Liliaceae en pensant au Grand Feu qui causa la destruction de tous ses gens. Ses gens, son peuple, et plus qu’une unique princesse pour les représenter tous. Quel désastre, et Lili serra ses poings. Cela excusait l’apparente innocence et stupidité de l’homme au crochet. Comment aurait-il pu savoir que la Nature, cette entité si inflexible était du côté des êtres sauvages, restés libres, et pas du sien? Le vent siffla aux oreilles de l’Indienne, et elle entendit les pas discrets du pirate. Elle ne fut pas surprise d’entendre sa voix, mais elle fut étonnée de deviner qu’il baissait son arme, une technologie bien étrangère à ses moeurs. Elle l’imaginait plus vil, mais elle ne pouvait encore dire si ce n’était qu’une apparence qu’il voulait bien se donner ou un trait de sa nature profonde.

    « L'homme que tu cherches n'est plus, cheyenne, tu devrais être au courant... Quoiqu'il est vrai que tu me sembles un peu jeune pour savoir ce genre de choses... »

    Alors il était vraiment récent sur l’île. Il ne devait connaître aucun des us et coutumes, était-il un “voyageur”? Ceux que Peter ramenait dans les filets lancés par ses femmes? Alors ce pirate était encore inexpérimenté, son regard était encore neuf, ses pensées nouvelles? Cela intéressa Liliaceae, autant que sa susceptibilité fut piquée. “Un peu jeune”? “Un peu jeune”! Et évidemment que Crochet n’officiait plus ici, mais de là à dire qu’il “n’était plus”... Crochet avait sans doute la vie la plus heureuse des trois, mais ceci, c’était une autre histoire.

    Lili la Tigresse fit volte-face et cracha dans un murmure:

    « Crochet est toujours vivant, Crochet nous survivra tous, jeune imbécile, tu devrais l’apprendre immédiatement! Et de nous deux, tu es certainement le plus proche de la matrice originelle, pirate. »

    Et c’était vrai. Il y avait encore peu de temps, Liliaceae ne possédait qu’un visage de fillett, et aujourd’hui, elle était une jeune femme, une fleur à peine éclose. Mais elle avait vécu plus d’aventures et de désespoirs qu’une vie humaine aurait pu endurer. Elle était sage, elle aurait pu avoir sa place au Conseil, en sa position de fille cadette du Chef, si seulement Peter n’avait... Si Peter n’avait pas... Si le Grand Feu ne les avait pas tous envoyé brutalement dans les méandres de l’Oubli.

    Le pirate se plaigna quelques secondes. Liliaceae avait eu peur quelques secondes de devoir lui expliquer qu’elle venait pour lui. Il semblait l’avoir compris, et ce, grâce à ce nom si précieux. … Crochet. Pourquoi s’était-il mutilé, si ce n’était pour se rapprocher davantage du Capitaine, légende parmi les matelots, simple père pour Liliaceae. Elle s’était détachée de son emprise invisible, et c’était un grand atout, car Peter souffrait encore de blessures irréelles. Hook était le seul à pouvoir rendre la Maudite heureuse, Peter les aurait forcé à vivre dans une éternelle enfance, un endroit où l’on ne peut ressentir ou même vivre “pour de vrai”. L’Hiver qui s’annonçait et qui perdurait avait permis à Liliaceae de vieillir et d’ouvrir les paupières: un nouveau monde s’offrait à elle, si elle parvenait à simplement tendre le bras et cueillir ce fruit merveilleux. Neverland, tel un phénix, allait renaître de ses cendres, porté par un nouveau Maître, au caractère de feu.

    Le métal froid ne la fit pas frissonner, dehors, les températures étaient déjà trop basses pour ressentir le moindre changement. C’était le regard du pirate qui affola les sens de l’Indienne: inquiétant, sinistre. Elle jubila. Il avait donc la force - ou folie - mentale suffisante à ses plans! Rien n’était perdu, et rien n’était à perdre. Elle releva son visage, pour croiser le regard clair de l’homme au crochet de misère.

    « Mais, et toi... Que viens-tu faire ici? Le Jolly Roger n'est pas la place d'un indigène, et qui plus est d'une femme, d'une fillette... Tu n'as pas d'occupations plus prenantes plutôt que de venir tourmenter un pauvre loup de mer? Je ne sais pas, chasser le bison, faire bouillir le chien, te coucher parmi de belles fourrures, entre les bras d'un de tes braves, voire même de plusieurs de tes braves... vous les indiens avez de telles mœurs que je ne m'en étonne même plus... »

    Liliaceae voulut éclater de rire, mais l’endroit était trop peu sûr, et les pirates éveillés allaient être difficiles à fuir, même s’ils ne quittaient pas le bateau, ces lâches. Non, si on la surprenait ici, ou même si ce pirate allait bavasser, Peter serait au courant de sa visite, et c’était ce qu’elle redoutait le plus. Depuis son retour d’Angleterre, elle avait fuit. Elle savait qu’il faudrait le revoir un jour, au moins pour assister à sa défaite, en être la main coupable. Et puis, pas plus tard que bientôt, un bal aurait lieu à Neverland. Lili y était attendue. Mais Peter serait surpris de la voir accompagnée d’un pirate, l’un de ses hommes. Un pirate au crochet à la place d’une main. Quel délice, mais ce ne serait qu’un prémisse. Liliaceae avait besoin d’alliés, désespérément besoin d’aide. Elle avait vu ce crochet briller dans le jour, à l’abri dans les branches d’un sapin. Un signe, rien qu’un signe. Ce pirate serait son premier allié, ou bien serait un homme mort.

    « Inquiète-toi de l’eau qui dort, petit flibustier », susurra-t-elle en posant une main sur le crochet posé juste contre sa gorge. « Je ne m’amuse pas à chasser ou à rôtir les animaux de la forêt. Je n’accepte leur chair que lorsque la faim m’y oblige et les bisons, les cerfs et les lapins sont ravis de nourrir leur princesse. D’autres feraient mieux d’y apprendre quelques leçons de respect », continua-t-elle, sereine, en abaissant d’un centimètre le fer tranchant. « Que peux-tu bien savoir de Neverland, toi qui penses que les Indiens forment encore un peuple? Sache que tu as devant l’unique survivant d’un peuple légendaire. Contrairement au Capitaine, tous n’ont pas eu le chance de pouvoir trouver un asile dans d’autres contrées, d’autres mondes. Et mes guerriers n’auraient pas supporté de s’agenouiller devant un Maître aussi cruel et immature, quand d’autres le font chaque jour », signala-t-elle amèrement, en jetant un coup d’oeil à l’ensemble du bateau.

    Le pirate ne l’effrayait pas. Elle avait la connaissance du terrain, le bateau étant resté inhabité un bon nombre de lunes, et, ironiquement, la tunique qu’elle portait sur le dos provenait d’une ancienne voile de ce mât. Liliaceae descendit complètement la main sans chair de l’homme et posa la paume de sa main contre son coeur. Ses battements étaient réguliers.

    « Il me faut vous réclamer un marché. Ce bateau contre votre aide. Forban, soutenez-moi et votre main de fer aura un régiment d’hommes à régenter. Qu’une légende remplace une autre légende », récita-t-elle.

    Et pour mieux appuyer ses propos, elle posa son autre main contre le coeur du pirate. Comme un lien du sang, un antique rituel sauvage, et Liliaceae sentit ses mains, ses bras, parcourus d’un flux inédit. Et si ce pirate l’ignorait, cela n’avait pas d’importance, tout de suite, ils étaient connectés. Qu’il dise non et Lili en ferait un cadavre que les crabes se feraient une joie de dévorer, dans les fonds sous-marins.
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Michael BlackRaspberryavatarprofil +
MessageSujet: Re: Derrière, un néophyte - Michael Jeu 26 Juil - 2:33

Bien qu'il fit tout pour paraître impassible, le pirate était loin d'être aussi serein qu'il pouvait en avoir l'air. Son cœur battait la chamade et il déglutit, aussi excité que nerveux. Depuis qu'il s'était retrouvé sur ce foutu rafiot, c'était bien la première fois qu'il lui arrivait quelque chose de réellement intéressant, et qu'importe le danger que représentait cette indigène, au moins, elle, elle s'intéressait un minimum à son sort. Elle semblait prête à parler et Michael lui offrit toute son attention, les nerfs à vif, les sens en alerte.

« Inquiète-toi de l’eau qui dort, petit flibustier. Je ne m’amuse pas à chasser ou à rôtir les animaux de la forêt. Je n’accepte leur chair que lorsque la faim m’y oblige et les bisons, les cerfs et les lapins sont ravis de nourrir leur princesse. D’autres feraient mieux d’y apprendre quelques leçons de respect »

Tandis qu'elle murmurait tout cela, elle abaissait progressivement la lame du pirate qui la suivait des yeux, le nez retroussé en une expression frustrée.

« Que peux-tu bien savoir de Neverland, toi qui penses que les Indiens forment encore un peuple? Sache que tu as devant l’unique survivant d’un peuple légendaire. Contrairement au Capitaine, tous n’ont pas eu le chance de pouvoir trouver un asile dans d’autres contrées, d’autres mondes. Et mes guerriers n’auraient pas supporté de s’agenouiller devant un Maître aussi cruel et immature, quand d’autres le font chaque jour »

Le jeune matelot fit mine de ne pas l'écouter, ce qui était loin d'être le cas en vérité, et se redressa en un air supérieur, nullement impressionné, écartant complètement son crochet avant de le ramener contre sa hanche pour se donner une allure fière.

«J'en sais assez pour me faire passer l'envie de m'aventurer sur ces terres. Et pour votre gouverne, ce n'est pas moi qui irait baiser les pieds de n'importe quel bougre, je suis mon propre maître et m'en contente, je suis un homme sans peurs ni attaches, libre de faire ce qu'il désire.»

Il mentait, bien sûr, ou du moins dans un sens, car la seule chose qu'il désirait lui était inaccessible. Comme il aurait aimé naviguer sur cette mer d'étoiles dont il scrutait sans cesse l'horizon, le cœur plein d'espoir, faire trembler ces hommes méprisables sous son joug, être aussi craint que respecté, avoir ce monde à ses pieds, ne plus avoir à attendre, ne plus avoir à rêver. Il voulait tout posséder, posséder tout ce qu'il n'avait pas, tout ce qu'il n'avait plus, une vie sans problème, insouciante, une vie d'or, de femmes, d'alcool et de sang. Peut-être que cette sauvage lui apporterait son aide. Bien que cette hypothèse lui parut inconcevable, Michael s'y accrocha. L'espoir fait vivre, dit-on. Après tout, elle était venue le chercher lui, puisqu'elle l'avait appelé par son nom, nom qu'il s'était accaparé. Restait à savoir ce qu'elle attendait réellement de lui, ce que le pirate ne tarderait pas à découvrir, quoiqu'il en coûte.

Le jeune homme la sonda du regard; elle semblait confiante, loin d'être dans une optique de combat, ce qui rassura un peu Michael. Peut-être n'aurait-il pas à fournir le moindre effort et que la jeune femme parlerait d'elle-même. C'est en pensant cela que notre pirate en herbe relâcha un peu sa garde et troqua son expression hautaine pour une moue calme et attentive, suivant du regard la main brune se poser contre sa poitrine.

« Il me faut vous réclamer un marché. Ce bateau contre votre aide. Forban, soutenez-moi et votre main de fer aura un régiment d’hommes à régenter. Qu’une légende remplace une autre légende »

Les yeux bleus du jeune marin brillaient de mille feux sous le triste éclat de l'astre de la nuit. Mais aux derniers mots de l'indienne, ses prunelles étincelantes s'étaient voilées d'un beau rouge sang et sa bouche parée d'un sourire narquois. Cette réaction, provoquée par un surplus d'émotion, fut vite dissipée quand le pirate eut de nouveau les idées claires. La proposition était plus que tentante, mais Michael recula d'un pas, méfiant. Il se détacha du contact qui les avaient reliés pendant quelques instants pour reprendre ses esprits et réfléchir. Ses pensées s'embrouillèrent; il ne savait plus trop quoi penser, quoi ressentir, s'il devait être enthousiaste ou se montrer distant, s'il devait lui faire confiance ou non, et si non, à qui faire confiance. Autant se rendre à l'évidence: l'homme était complètement perdu, et il aurait bien eu besoin de soutien, quel qu'il soit. Si cette femme était venue à lui, il se devait de lui montrer autant d'intérêt qu'elle semblait en présenter à son égard. Ce n'était pas par hasard qu'elle l'avait choisi, il fallait qu'il saisisse sa chance. Mais d'abord, il avait besoin d'en savoir plus sur cette étrange jeune femme et sur ce qu'elle attendait réellement de lui.
Prudence est mère de sûreté.

«Vous me voyez vraiment flatté, ma demoiselle... Cependant, je me dois d'émettre... il marqua un temps pour mieux réfléchir, ma foi, une ou deux question. Premièrement, j'aimerais connaître vos réelles motivations. J'imagine aisément que vous n'êtes pas un ange venu exaucer les vœux d'un malheureux opprimé sur un coup de tête, par charité, guidée par votre bon cœur et la promesse d'un bonheur retrouvé.»

Il parcourut le pont d'une démarche lente, scrutant son visage dans l'ombre pour y cerner le moindre changement, la moindre petite expression. L'homme continua ainsi sa petite ronde, tournant autour de l'autochtone, les mains derrière le dos, faisant de grands pas. Voyant que la fillette ne semblait pas montrer de signe d'agressivité ou autre, il haussa un sourcil et reprit:

«Deuxièmement, pourquoi moi ? Bon, je veux bien croire que de là où vous venez, il n'y a plus grand monde et vous m'en voyez profondément navré... Ne voyez pas là d'ironie de ma part... Mais ce navire, par exemple, regorge certainement de matelots braves et forts, prêts à donner leur vie pour une jolie jeune femme.»

Un rire empli de sarcasme passa outre ses dents serrées. Il ne riait pas pour ce qu'il avait dit concernant l'indigène mais plutôt sur ce qui visaient les pirates. Cette bande de rustres qui passaient le plus clair de leur temps à le mépriser, à passer leur nerfs sur lui et à le considérer comme le dernier des vauriens. Il doutait que l'un d'entre eux soit réellement doué de quelque exploit, ces hommes-là n'avaient rien dans le crâne, simplement des muscles et des nerfs. Michael reporta son attention sur la princesse, s'arrêtant de marcher pour se tenir de nouveau face à elle, un peu plus près qu'auparavant.

«Troisièmement... Si jamais, au grand jamais, j'acceptais de m'allier à vous, quelle serait ma mission et qu'est-ce qui me prouve que vous tiendrez vos promesses...?»

Il la fixa avec sérieux, un nouvel éclair rouge éclatant dans ses yeux d'azur. Il était prêt à montrer qu'il n'était pas le moins que rien que les autres matelots disaient qu'il était, qu'il en voulait, que s'il s'était auto-proclamé Crochet, ce n'était pas pour rien. Il avait le courage, la fougue de la jeunesse et la volonté nécessaire pour être un véritable pirate. Tout ce dont il avait besoin, c'était une chance de faire ses preuves.

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